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 Mange. {Libre}

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Eri
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MessageSujet: Mange. {Libre}   Dim 30 Juil - 12:22





Mange.

Eri & Food



Il y avait des jours où Eri avait envie de faire un effort. Elle se réveillait le matin, et sentait comme une chaleur dans son ventre qui la poussait à accomplir ce qu'elle qualifierait de miracle dans son quotidien si terne. Et ces derniers temps, elle qui avait eut tant de premières fois, elle se disait qu'elle devrait peut être faire un effort. Mais depuis quand tu fais les choses pour les autres, Eri ? Peut être depuis que les autres te donnaient un peu d'importance. Que tu es ingrate, Eri. Pauvre Takumi. Pauvre Ethan. Eux, ils étaient là avant que tu n'arrives ici. Mais bon. Après tout, maintenant, tu vis là. Tu as besoin de plus qu'une ou deux visites entre 16 et 17 heures.

Tu te lèves du lit froid et tu t'habilles. D'ordinaire, t'aurais attrapé le premier bas de survêtement de ton armoire, un gros gilet et c'est partit pour l'aventure. Mais ce matin, c'est différent. C'est un jour particulier parce qu'aujourd'hui tu vas manger au réfectoire. Normalement, les blouses blanches te harcèlent pour que tu sortes manger et finalement te ramène un repas dans la chambre. Mais pas aujourd'hui. Tu as mit ta robe. Ta jolie robe rose et blanche. Tu as coiffé tes cheveux. Et tu t'es même regardé dans la glace avant de sortir. Aujourd'hui tu vas manger au réfectoire. C'est un jour spécial.

Quand tu es arrivée à l'hôpital, tel un sac d'os transporté par le croque-mort, tu ne comptais pas rester. Mais Takumi a insisté. Et Père a dit oui parce que Takumi l'a demandé. Et Mère n'a rien dit parce qu'elle n'était pas là. Et Ethan était triste et rassuré à la fois. Et toi, ça te faisait chier.

T'es devenue interne et Père a demandé aux blouses blanches et aux sans-blouses de prendre soin de toi. Mais tu voulais pas leur parler. L'hôpital, c'était le lieu de la mort. L'hôpital c'était ton pire cauchemar. L'hôpital c'était l'enfance que tu voulais pas revivre.

Quand t'arrives dans la grande salle qui sent la friture et le sirop pour la toux, les blouses blanches te regardent. Elles sont surprises de te voir, alors qu'elles ne sont même pas venues t'embêter. T'as des patients que tu connais de vue, d'autres qui te connaissent de vue mais au final, tu parles à personne parce que personne n'est ton ami.

Alors tu prends ton plateau et tu t'assois seule à une table. Tu regardes ton assiette. Il y a des oeufs brouillés. On dirait de la colle mélangée à de la gouache jaune. Une purée de poussin qu'on a recouvert de crème de noix de coco. Un morceau de soleil fondu qu'on a mélange à un nuage baveux. Il y a des haricots. On dirait des oeufs de mouches qui baignent dans une flaque de sang. Des larves dans du jus de tomates. Des cailloux qui ont écrasé des cerises mortes. Puis y'a des petites tranches de viandes. On dirait des morceaux de caoutchouc couvert de graisse de moteur. On dirait des restes de tapis rongés par des limaces géantes. On dirait des semelles de chaussures ravagées par la syphilis. Et avec tout ça, il y a un verre de jus d'orange. Un liquide fluo qui sent le médicament. Finalement, c'est le seul truc qui t'attire. Parce que ça a le goût de médicament. Eri, t'es irrécupérable.


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Valérian
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MessageSujet: Re: Mange. {Libre}   Lun 31 Juil - 1:16

Cette frêle jeune fille seule là bas, toute seule dans cet immense réfectoire aseptisé, est si gracile qu'un simple souffle semblerait pouvoir la faire s'envoler Toute la délicatesse de l'être humain s'incarne dans une telle poupée, fragilité de porcelaine  plutôt que de cire ou tissu rembourré. Et peut-être que ses os d'Ivoire se casseraient avec la même aisance si elle venait à dégringoler de son étagère. Avec sa jolie robe et ses cheveux peignés, en effet, en voilà une bien jolie poupée.

 Il en a connu, de ces enfants trop maigres que le monde rejette, de ces enfants malades qui ont une autre perception de la beauté. Il en a aidé, lors de ses thérapies, en a suivi dès leur plus jeune âge, pour les retrouver une décennie plus tard avec un corps renfloué et une réelle joie de vivre qu'un dur travail sur soi avait permis. Mais qui est-il, lui, pour les juger ? Il est tout aussi esthète que ces enfants là, apprécie tout autant la gracilité, même s'il ne l'aime peut être pas à une telle extrémité. Mais en tant que fin gastronome, le léger embonpoint a pris la main sur l'amour de la finesse pour déformer son corps à lui d'une douce concavité abdominale. Car malgré un torse solide et des épaules larges, ses abdominaux sont depuis longtemps déjà bordés d'un tendre sillon graisseux qui néanmoins ne le rebute pas.
 Et en quel cas, il ne serait pas apte à se priver de cette merveilleuse expérience qu'est le plaisir gastronomique. Qu'y a-t-il de meilleur qu'un bon repas, mis à part l'union de deux être animés d'ardeurs ? La musique elle-même ne surplombe pas ce plaisir de dégustation et de sensations, qui bien que primaire, peut atteindre des proportions inimaginables.

 Quel délice est-ce, de faire fondre un sorbet sur sa langue calorique, de déguster un bon vin à l'arôme enivrant, ou de faire craquer un morceau de chocolat entre sa langue et son palais. Véritablement l'un de ses plus gros péchés, que celui de la gourmandise...

 Lillard se permet humblement d'approcher la table esseulée ou la jeune fille est en tête à tête avec un plateau encore plein de ses indigestes cochonneries.

Et c'est avec une voix affable et onctueuse qu'il prends la parole, tout près d'elle :

- Cela ne semble pas vraiment ragoutant, n'est-ce pas ?
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Eri
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MessageSujet: Re: Mange. {Libre}   Lun 31 Juil - 15:55





Mange.

Eri & Food




Quand tu dormais ici, dans le royaume des blouses blanches, tu mangeais des choses sucrées. De la compote de poires. Du jus de pomme. Parfois même, les jours de fête, une petite madeleine. Toi, tu aimais bien embêter les infirmières, ces espèces de robots aux sourires forcés, en renversant ton jus sur ce tissu immaculé que tu avais en horreur. Tu jouais les innocentes, tu battais des cils en ouvrant tes grands yeux comme si tu étais une frêle biche couvert d'un halo de pureté lumineuse. Mais en réalité, ça te plaisait de jouer les pestes de cette manière. Cette noirceur que tu avais dans ton coeur, personne ne l'a voyait à cause de ton apparence si fragile. Tu étais une poupée de porcelaine aux yeux des gens. Avec le temps, tu as préservé cette image mais les fissures du temps se marquent de plus en plus sur tes joues creuses. Fais attention, Eri. Ils risquent de te démasquer.

Manger. Quand est-ce devenu une véritable torture, Eri ? Quand es-tu devenue aussi difficile ? Aussi exclusive ? Toi même tu ne t'en rappelles pas. Tu as souvent cette impression que les pilules ont toujours été ton unique approvisionnement. Tu avais faim, une pilule. Tu avais mal, une pilule. Tu étais fatiguée, une pilule. Tu étais en forme, une pilule. Il y avait des pilules pour tout, pour n'importe quoi, et surtout pour toi. Et tu consommais. Sans retenue. Quelques que soit la pilule, à la fin, tu ne faisais même plus la différence. Et c'est en partie à cause de ça qu'aujourd'hui, t'es enfermée ici.

Ta fourchette tremblante frôle l'organisme inconnu présent dans ton assiette. Elle l'analyse, le scanne, cherche des réponses puis finalement se plante avec brutalité dans le morceau de carpette carbonisé et graisseux. Une première. Une seconde. Et le geste devient si plaisant que tu te surprends à le reproduire encore et encore sans que le semblant de chair ne veuille se fixer au métal. " Cela ne semble pas vraiment ragoutant, n'est-ce pas ? ". C'est étrange, la petite voix dans ta tête est plus forte que d'habitude. Plus grave. Plus courtoise. Peut être parce que ce n'est pas la petite voix dans ta tête mais une véritable personne ? Aller, Eri, lèves les yeux de ton assiette un moment.

Tes orbes impressionnants viennent se poser sur le perturbateur. Son visage t'est familier. Tu l'observes en silence, alors que ce dernier attends probablement une réponse à sa question. Tu préfères laisser le silence s'installer, tandis que tu tortures ton esprit pour y replacer ce visage. Et alors que ton regard dérive sur le visage des blouses blanches, tu te souviens enfin. Ce perturbateur fait donc partir du gang des sans-blouses. Les pires. Eri les déteste. Ces vils espions qui s'infiltrent dans le cerveau de patients misérables comme toi. Les manipulateurs, les observateurs, les prêcheurs d'un esprit sain. Elle a peur d'eux. De leurs pouvoirs. De la réalité qu'ils pourraient révéler. De toutes les conséquences entraînées par leurs simples paroles.


" C'est étrange. C'est exactement ce que je me suis dit pendant mes rendez-vous journaliers avec vos confrères. "


Et finalement, sa bouche se fait envahir par cette tranche de bacon froide, alors que ses yeux ne cessent de dévorer le visage du psychiatre. Mais Eri, tu as trop fait la maligne. Maintenant, la boîte de pandore est ouverte. Et ta fourchette ne veut pas s'arrêter de piquer. Pique. Pique. Pique. Mange. Mange. Mange. Pique. Pique. Pique. Mange. Mange. Mange. Et les oeufs brouillés. Et les haricots. Et les tranches de viande. Ta langue cherche un goût, une sensation qu'elle ne trouvera pas dans ce genre de repas. Alors ta mâchoire travaille plus vite. Et ça glisse dans ta gorge comme une brindille dans un petit ruisseau. La purée de poussin coule dans ton gosier. Les haricots magiques explosent sous tes molaires. Les semelles animales se déchirent brutalement au contact de tes incisives. Et ton estomac hurle devant ce torrent de nourriture inattendu. Et la déception peut clairement se lire sur ton visage tandis que tes mains fragiles entourent le verre d'élexir tant attendu. Et la potion magique vient soulager tes maux avec ce goût chimique que tu aimes tant.


" J'ai tout mangé. J'espère que vous contents, vous, les sans-blouses. Après tout, c'est ce que vous vouliez non ? "


Elle avait cette animosité envers les souverains de ce royaume. Mais il ne fallait pas lui en vouloir. Après tout, on ne criait jamais sur l'antilope sauvage qui se rebellait contre le majestueux lion.


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Valérian
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MessageSujet: Re: Mange. {Libre}   Lun 31 Juil - 16:48

 Lillard la contemple d'un œil tout aussi bienveillant que curieux. Avec quelle rapidité elle enfourne ces "mets" détestables dans sa petite bouche amère. Avec quelle fougue elle martèle son assiette de coups de fourchette inutiles et dardés. Et cette bouffe répugnante qui lui résiste pour finalement lui céder et achever sa course dans son maigre estomac après la visite de sa gorge étroite. Car il n'y a pas d'autres mots que "bouffe" pour qualifier cet infâme ramassis comestible dont elle se remplis, car on ne peut décemment pas dire qu'elle s'en nourrit.

 Tout ce qu'elle ingurgite lui fait mal au cœur tant cela semble ignoble. Pas étonnant que l'on en vienne à perdre l'appétit, en ayant à se repaître de pareils immondices. Entre ce morceau de semelle résistant, qui semble vraiment échappé d'un chaussure, et ces œufs qui rappellent tout, sauf ce qu'ils doivent véritablement être. Ne parlons pas de qui est présenté comme une portion de haricots, quel effroyable imbroglio indigeste que ces petites choses là, toutes baignées de sauce épaisse et sanguine. Et c'est vraiment compatissant qu'il intervient, saluant la force de la volonté de cette jeune fille qui vient d'accomplir un acte que lui n'aurait jamais pu surmonter : avaler ces choses dégoutantes qui ne sont pour lui en rien comparable à de la vraie nourriture. Celle qui fait rugir de borborygmes votre appétit titillé par une odeur douceâtre ou intrigante d'épices. Celle qui vous fais sourire de béatitude une fois dégustée, tandis qu'on essuie poliment la commissure de ses lèvres tout en étant repus. Celle qui s'allie à de redoutables souvenirs d'enfances chez une grand-mère trop généreuse, en partie responsable de votre embonpoint. Celle qui tout simplement, vous donne envie de la manger, sans plus de réflexions.

- Vous êtes courageuse d'avoir ingurgité tout cela. Je salue sincèrement la force de votre volonté.

 Le médecin n'est pas en constante étude de l'autre, il apprécie simplement les rapports humains pour ce qu'ils ont de lucratif et de socialement enrichissant. Car lui même se construit au contact d'autrui. Car l'homme n'est-il pas une admirable éponge évoluant au fur et à mesure de ses rencontres et de ses expériences ?
  Il remonte sur son nez ses lunettes fumées brunes, alliant l'annulaire au majeur, et contemple ce plateau dévasté où ne subsiste plus qu'un liquide artificiellement coloré qui ne lui inspire rien qui vaille. Tout au contraire, il lui évoque du liquide vaisselle ou un produit détergeant, plutôt qu'un breuvage destiné à l'organisme. Y-a-t 'il vraiment des oranges dans ce décourageant liquide fluorescent ? Il parierait presque que non, ou alors en pourcentage minime. A moins que toutes les saletés ajoutées à ce mélange soient responsables de son aspect chimique et dénaturé.

 Toujours respectueux, sans tenter d'infiltrer l'espace privé de la jeune femme sans sa permission, Lillard requiert son avis avant toute implication. Ne voulant pas risquer d'être discourtois.

- Me permettez-vous de m'asseoir, mademoiselle ?
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MessageSujet: Re: Mange. {Libre}   Lun 14 Aoû - 13:01





Mange.

Eri & Food




Manger est un défi. Manger est une guerre. Manger est une torture. Manger te donne mal au ventre. Manger te transforme en quelqu'un d'autre. Manger te tue à petit feu. Tu te souviens de ce jour, Eri ? Peu de temps après être arrivée ici. Ils t'ont forcé. Ils t'ont nourris. Et toi, tu t'es même mise à crier. Et ton estomac a refuser l'accès. Et ils ont dut tout nettoyer. Et t'as crut que tu pourrais plus jamais sortir de cette chambre.

Pourtant, t'es là. Avec ta jolie robe. Avec tes cheveux bien coiffés. Avec ton assiette vide. Alors pourquoi on te félicite pas comme il se doit ? Pourquoi tu reçois pas de récompense ? Pourquoi tu as fait tous ces efforts Eri ? Pour qui ?

Ton estomac n'est pas content. Il pleure. Il pleure tellement fort que tu le sens vibrer contre tes os. Comme si un géant sautait de tout son poids sur ton petit corps de moustique. Comme si une baleine venait de s'écraser sur la plage de  tes sucs gastriques. Comme si l'astre qu'était ton organe digestif venait de mourir dans une explosion dévastatrice et meurtrière. Tu le sais, non ? Tu sais ce qu'il va se passer une fois que tu retrouveras ta chambre. La porte qui grince. L'eau du robinet. Tes genoux sur le carrelage. Et un torrent de toutes ces choses que les cadavres ne peuvent garder en eux.

Vous êtes courageuse. Si seulement il savait. Si seulement il savait à quel point tu n'es justement pas courageuse. Tu es l'inverse. Tu es tellement lâche, Eri. Toujours à fuir, toujours à te cacher, toujours à nier. La preuve, si tu étais si courageuse que ça, tu ne ferais pas tout un plat d'un simple repas. Tu n'aurais pas mis cette jolie robe, tu n'aurais pas fait ce truc. Tu sais, ce truc que tu viens de faire, là. Transformer ta bouche en aspirateur. Malmener ton petit ventre. Te forcer. Encore. Et encore. Et encore.

Elle pose ses coudes sur la table et continue de le regarder. Ce petit vieux, coincé dans sa bulle de courtoisie dérangeante. Ses petites lunettes qu'elle avait envie de prendre entre ses doigts sales, de briser sauvagement contre la table. Cette paire de lunettes que portaient si souvent les sans-blouses et qui la mettait dans une colère monstrueuse dès qu'ils les redressaient. Mais Eri ne montrait rien. Eri ne montrait jamais rien après tout. Est ce que cela agaçait les blouses blanches ?  Peut être bien. Et Eri l'espérait.

Sa courtoisie t'agace. Comme si tu étais un de ces patients complètement instables avec qui il fallait prendre des pincettes à chaque interaction. Tu avais horreur de ça. Mais à cause de ton apparence de poupée en sucre, beaucoup trop de gens avaient tendance à te ménager. Tu soupires.


" Si vous voulez vous asseoir, faîtes le donc. Je ne vais pas vous balancer mon plateau crasseux à la gueule si vous percez mon "espace de sécurité" ou je ne sais quelle connerie."


Les vulgarités ne scieaient pas à ton joli visage, à ta voix toute douce. Et même si tu avais grandi dans un environnement raffiné et luxueux, ton langage s'était fortement dégradé ces derniers années, à force de côtoyer les hommes de joies qui construisaient ton quotidien jusqu'au début de ton séjour dans cette prison aseptisée. Après tout, les rues n'étaient pas aussi sécuritaires et enrichissants que les salons littéraires d'un ancien temps. C'était sale, sombre, menaçant, compétitif et horriblement saisissant. Qui pourrait croire que cette petite goutte de lait, ce soupson de pureté que l'image de la blonde pouvait parfois inspirée, ait évolué dans ce genre d'endroit, au point d'en devenir même une de ces menaces ? Sûrement pas lui.

Ta vie te manque, pas vrai ? Le BlingBling de tes poches. Les regards étonnés, respectueux, craintifs même ? Les femmes en détresse te suppliant de leur trouver un remède. Tes séances de voyeurisme. Le pouvoir. Le contrôle. Les pilules. Surtout les pilules. Respires, Eri. Ça va aller. Le sans-blouses prend place. Eri croise les bras.


"J'imagine que les autres sans-blouses vous ont prévenu de mon cas ? Ou pas du tout ? Si c'est le cas, ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vomir sur vos petites chaussures de Bourges."



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Valérian
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MessageSujet: Re: Mange. {Libre}   Dim 20 Aoû - 18:34

" - Je n'ai malheureusement pas le bon plaisir de vous connaître, mademoiselle. Et à propos de mes confrères, comme vous dites, je suppose qu'ils ont autre chose à faire que de discourir sur leurs nombreux patients, surtout dans le cas de ragots. Et puis, connaissez vous le principe du "secret médical" ? Je parie, du moins j'espère, que nombre d'entre eux en ont le respect. Ils seraient dans le cas contraire bien méprisables, je le conçois.

 Lillard la couve d'un regard qui, autrement qu'hautain, se fait plutôt compatissant, défaisant le bouton de sa veste pour pouvoir s'asseoir sans la tendre. Être un gentleman, ou du moins s'en approcher, demande quelques notions de discipline.Il contemple le plateau de plastique vidé par la jeune femme, ne l'assimilant en aucun cas à un projectile. Pourquoi les individus sont ils toujours si emplis d'animosité à son contact ? Sa profession n'implique en rien la manipulation d'autrui, ni même le jugement. Un médecin psychiatre offre simplement une aide à ses patients, et n'influe en rien comme seul maître de sa psyché. Mais l'homme est toujours craintif de ce qu'il ne comprends pas totalement, la psychiatrie semble a tant de personnes une notion si abstraite. Comment le dialogue peut il aider des gens mentalement dérangés ? Cela n'est pas possible, il doit forcément les gaver de pilules pour parvenir à un résultat potable.

 - Vous n'avez rien à craindre de moi, en aucune façon. J'ai un ami comme vous, vous savez ? C'est un homme, mais il est doté d'un visage d'une telle gracilité qu'il a très vite adopte un vocabulaire aussi fleuri que le votre pour se sentir investi d'une sorte d'invulnérabilité. C'est vrai après tout, qui aurais envie de chercher des noises à quelqu'un qui vous agresse déjà verbalement ? Cela ne présage généralement rien de bon, à supposer de leurs capacités physiques et défensives.

 Lillard aime les simples rencontres, si bien qu'il se désole des rejets impromptus et injustifiés. Ce n'est pas comme s'il avait fait une désobligeante remarque à cette jolie fille, il se contente simplement de compatir à sa douleur. Bien qu'il ne partage ni ses maux, ni sa maladie mentale. Car l'anorexie est bel et bien classifiée comme telle. Et quels déboires celle-ci occasionne. Un véritable chaos anatomique. Dire qu'elle rabote la chair dodue d'une cuisse, appauvrie une belle poitrine, et fait saillir de fragiles épaules, des hanches pointues. Il trouve néanmoins de la beauté à tous ces reliefs osseux, ces sculptures d'Ivoire et de glace façonnant le corps humain et quelques unes de ses singularités.

 Le médecin dépose soigneusement ses coudes sur la table, entrelacant ses doigts pour y poser son menton carré. Il sourit avec bienveillance, un peu moqueur en annonçant avec une pointe d'humour et de complicité qu'il ne saura pas partagée :
 
 - Pour ce qui est de mes chaussures, sans vous en donner la permission, j'ai vécu bien pire que la projection des entrailles d'une petite fille.
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Eri
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MessageSujet: Re: Mange. {Libre}   Sam 16 Sep - 14:34





Mange.

Eri & Food



Le secret médical. Quelle blague. Eri, elle avait vécu toute sa vie dans un hôpital. Elle avait fait ses premiers pas sur le carrelage immaculé. Elle avait dit ses premiers mots dans une de ces chambres austères. Elle avait eut ses premières peines dans l'ombre d'une blouse blanche. Le secret médical meurt. Il n'y a de secret que quand les paroles ne quittent pas l'esprit de la personne concernée.  


" Le secret médical ne s'applique seulement que lorsque l'information sort du cercle hospitalier. Les blouses blanches ne se gênent pas pour donner leur avis sur nous, quand ils sont entre eux. Encore plus les sans-blouses. Après tout, il faut plus d'un cerveau pour en déchiffrer un autre. Surtout que bon, la maladie d'un patient n'est pas un secret. C'est une vérité."


La douleur naissante déchirait sa zone abdominale. Elle place un instant sa main sur ses lèvres, ravalant le flot dévastateur qui brûlait déjà sa gorge. Eri prends une grande inspiration. Pourquoi tu ne te laisses pas aller, Eri ? Tu n'as pas envie que les blouses te regardent ? Scelle tes lèvres. Retiens-toi. Tout ira bien.  

Comme vous. Comme toi ? Comme toi. Il parle de toi. Mais tu ne te reconnais pas dans ce qu'il dit. Tout simplement parce qu'il ne connait pas la personne qu'il décrit. Qu'il croit connaître. C'était probablement ce que tu détestais le plus chez les Sans-Blouses. Ils ont cette arrogance qui t'agace. Ils ne s'en rendent pas compte, parfois, mais ils ne savent juste pas de quoi ils parlent. Ils oublient l'humain et se concentrent sur le cerveau. Et c'est là que les médecins deviennent des blouses.


" Un ami comme moi, hum ? Et qui je suis, au juste ? Vous dîtes que vous ne me connaissez pas et pourtant, vous me comparez à votre ami. Je n'ai pas besoin d'agresser qui que ce soit pour me sentir en sécurité. Les gens n'ont pas peur de moi. Ils ont peur pour moi. Certains ne supportent même pas l'idée de me toucher. Je n'ai pas besoin d'être désagréable avec vous pour me protéger. J'en ai juste envie. Le plus drôle, c'est de voir que même si vous dîtes que vous venez en paix, vous continuez quand même d'analyser mon comportement, comme si vous étiez le premier à faire ça sur moi. "


Les Sans-Blouses étaient les pires. Mais au fond, Eri avait pitié d'eux. Ils se laissaient dévorer par le savoir, au point d'en oublier les interactions sociales humaines. Ils ne vivaient qu'à travers des automatismes qu'ils avaient acquis et ne discernaient même plus les différents esprits qu'ils pouvaient rencontrer. Les personnes qui les entouraient se transformaient alors en sujet d'étude et le Monde n'était qu'un théâtre où chaque personnage avaient un rôle bien précis.  


" Décidément, les autres Sans-Blouses ne doivent pas beaucoup vous appréciez. Vous êtes comme ce gamin premier de la classe qui fout un malaise à chaque fois qu'il essaie de faire de l'humour. Franchement, quel âge croyez-vous que j'ai pour me traiter de petite fille de la sorte ? "


Eri semble plus calme. Mais elle sent la marée gastrique s'agiter et elle sent qu'elle devra bientôt s'éclipser au risque de vomir partout dans cette pièce.  



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Valérian
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MessageSujet: Re: Mange. {Libre}   Sam 16 Sep - 19:58

"- Initialement, je souhaitais simplement compatir à votre exploit d'avaler ces choses, car je n'oserais pas m'y risquer personnellement. Je suis navrée que mon impromptue comparaison vous aie été désagréable, je ne cherchais en aucun cas à vous provoquer. Et pour ce qui est de l'analyse, je suis au regret de vous dire que mon cerveau n'est pas en constante intrusion dans celui d'autrui. Je n'ai pas non plus la prétention de vouloir juger les autres, chacun vit comme il l'entend, je n'ai pas à émettre le moindre jugement, ou à tirer des conclusions. Vous me sembliez juste inutilement sur la défensive. Vous n'êtes pas la première à vous méfier de moi par rapport à ma profession."

 Et c'était vrai. Combien avait-il eut de connaissances qui ne voulaient pas se retrouver seules avec lui dans la seule crainte d'avoir le cerveau décortiqué ? Combien d'amis n'osaient pas aborder leurs soucis ou de simples souvenirs qu'ils craignaient d'être interprétés ? Et combien de relations s'étaient annihilées selon la peur naïve d'essuyer un jugement ou une humiliation suivant la confession ? Il ne les comptait plus depuis longtemps, et s'en tenait alors aux rapports formels ou de courte durée, puisque tout se terminait toujours de la même façon. Mais lui aussi était un être humain, malgré sa blouse qu'il ne portait pas, malgré ses manières exagérée et bien trop policée qui pouvaient être assimilées à du mépris des autres. Si l'éthique lui tenait à cœur, quel mal y avait-il à cela ? Affectionner les lavallières ou les boutons de manchettes ne faisaient pas de vous un être anti-social et au-dessus de ses semblables. Simplement quelqu'un qui appréciait une certaine image. Et puis la stérilité à pour certains quelque chose de rassurant, ne le dit-on pas ?

"- Je me désole que vous ayez une telle image des médecins, je ne présage de ce fait rien de bon au sujet de vos praticiens. Mais veuillez ne pas nous mettre tous dans le même paniez. Je suis peut-être vieux jeu, c'est même une certitude à vrai dire sur certains points, mais je ne ferrais pas l'erreur que ceux-là pratiquent en discourant sur mes patients. Et à propos de malaise, mon humour se porte très bien, je vous remercie de votre sollicitude. C'est à d’autres niveaux qu'il intervient. J'apprécie toutefois votre honnêteté, c'est rare de nos jours. "

Il y avait du bon à ainsi participer à un échange si actif avec un autre être humain, avec une femme si débordante d'assurance, ou du moins en apparence. Peut-être avait-il un petit côté combatif lui aussi, si ce n'était masochiste, à persévérer dans la conversation tandis qu'il s'en prenait de toutes parts. Mais soit, après tout, que faisait-il de mal ? Il parlait, tout simplement. A la base cela était même d'une futilité déconcertante, comme de parler du beau temps lorsque la conversation atteint un silence gênant ou un sujet à contourner. La hargne de cette fille l'intriguait, autant qu'il en était séduit. Il n'aurait pas pu lui donner d'âge. Elle avait un visage et un corps qui dénonçaient une fragilité extrême, comme chez certains enfants craintifs. Mais dans ses yeux brûlaient une telle intensité qu'il semblait évident qu'il ne fallait pas lui chercher querelle. Apparemment d'autant plus lorsqu'on appartenait au corps médical.

Néanmoins, il haussa un sourcil en remarquant sa soudaine pâleur et l'embarras qu'elle semblait refouler. Il décroisa ses doigts, se leva à demi et questionna, réellement préoccupé par son interlocutrice :

- Est-ce que vous vous sentez bien, mademoiselle ? "
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