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 le mythe de la vie (luna)

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Narcisse
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MessageSujet: le mythe de la vie (luna)   Mar 25 Juil - 10:53

Je vais mieux. Tu ne te mens pas à toi même, les médecins l'ont dit alors tu y crois, un peu. Tes côtes renveloppent désormais ton coeur et tes entrailles, solidifiées par tes heures au lit. A comater. A dessiner.
Pendant tes séances de brancards, tu as écouter. Les rumeurs de couloirs, qui ruissèlent sur les murs. Les murmures des inconnus. Tu es devenu celui qu'on oublie dans son lit, celui qui n'est là que pour guérir. Vivre on verra ça après.
Comme tu vas mieux on passe les étapes, on enchaîne parce que les médecins l'ont dit. Encore tu écoutes, tu fais ce qu'on te dit. Le fauteuil. Ton lit. Un vide sans fin vous sépare. Encore. Toujours. Tu finis par croire que ta vie en est remplie. De vide. Vide dans ta tête, vide dans ton corps, vide dans ton coeur.
Y a une chambre que tu veux visiter. Où tes aventures à roulettes commenceront. Une fille sans fil. Une fille sans médicament. Enfin moins que toi. Elle veut pas de traitements, si t'en crois cette femme boulversée qui sortait de chez elle il y a quelques semaines.
T'as mal partout, la tête qui voit les étoiles. C'est dur de passer dans ce putain de fauteuil. Tu t'en fous comme toujours. Tu as ce besoin malsain de te sentir vivant, par le mal s'il le faut. Pas longtemps on t'a dit! Tu galères déjà à passer la porte, domptant cette bête d'acier qui te supporte. Y plus de fils sur tes bras. On t'a shooté aux médocs, on a blindé ton corps meurtri. Une façade. Ça grouille de blessures à l'interieur mais personne ne les voit.
Avance, roule encore dans le peu de couloir qui sépare vos chambres. Tu entres difficilement, comme un homme en fauteuil roulant sans aide à ses côtés. C'est sûrement malpoli ce que tu fais. Elle ne te connait même pas. Toi non plus. "Bonjour." Tout de même, tu es l'intrus dans son espace vital, sa boîte, sa chambre. On dit bonjour et on sourit. "Ah pardon je me suis pas présenté, je suis Narcisse Barthélemy. J'habite à deux chambre de chez vous." Tu passe une main sur tes côtes, c'est réparé mais ça brûle encore. Ton dos de mains bleuit par les perfusions à répétition, tu as consicence de tout ton corps. Douloureuse conscience.
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Luna
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MessageSujet: Re: le mythe de la vie (luna)   Mer 26 Juil - 21:11

La chambre de Luna reçoit peu de visites. Parfois des infirmiers s'y arrêtent pour lui demander, une fois de plus, la question fatidique "tu es certaine ?" et sa réponse est toujours la même "oui". Oui je suis certaine, oui je ne veux pas de médicaments, oui je mourrais ici. Avant ses parents venaient souvent la voir, lui offraient des ballons et des objets qui disaient cette phrase que ses parents n'osaient plus aborder avec elle "regarde comme la vie est belle. Vie. S'il te plait". Mais depuis plusieurs semaines c'est à peine si on entend parler d'eux. Ils agissent comme si leur fille était déjà morte et passent leur journée à attendre le coup de fil qui appuiera leur pensée. Ils ont déjà acheté la tenue dans laquelle elle sera enterrée, une jolie robe blanche avec des détails en dentelle et bientôt la facture pour le cercueil et la tombe sera réglée.
"À la mémoire de
notre fille adorée
Luna Volkov
1995 - 2017"
Alors Luna passe ses journées à faire ce qu'elle fait de mieux : raconter sa vie, la coucher sur papier dans ce journal auquel elle tient plus qu'à sa propre vie.

Elle est en train de clôturer une entrée quand un bruit attire son regard vers l'encadrement de la porte. Un jeune homme en fauteuil roulant vient lui rendre visite. Son visage ne lui est pas inconnu, elle l'a aperçu lors d'une de ses promenades.

- Bonjour.

Elle referme son journal et sourit au jouvenceau. Ce dernier prend alors le temps de se présenter, Narcisse, joli prénom.

- Et moi Luna. Tu peux me tutoyer.

Elle s'assied sur le bord de son lit, de sorte à lui faire face puis demande :

- Pourquoi tu es ici ?

Pas que sa visite ne lui déplaise, mais elle ne peut pas s'empêcher de se demander pourquoi Narcisse prend le temps de venir la voir. Serait-ce à cause de son carnet et de tout ce qu'elle y inscrit ? Il ne serait pas le premier à montrer son mécontentement face au fait de retrouver son prénom dans un futur livre. Oui car Luna tient à ce que ses parents publient son journal, ainsi elle pourra vivre éternellement, au travers de chaque phrase, chaque mot et chaque lettre.
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Narcisse
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MessageSujet: Re: le mythe de la vie (luna)   Jeu 10 Aoû - 18:10

On te répare à coup de roulettes, de médocs sans goût. Mais est-ce que ça justifie ta suite? Est-ce que t'es fait pour tout ça? Tu pensais pas penser cela un jour. Ton trouble disgnostiqué, catalogué, couché sur le papier, il est plus complexe. Mais ça personne ne l'entend. Personne ne comprend. Faut être dans ta tête. Faut voir la bête. Le noir qui couvre tes yeux, pire que des paupières fatiguées. Tu vois tout en ultraviolet, ultraviolent. Trop doux, trop piquant. Ta vie est un trop plein. Un excès.
Dans tes réveils douloureux t'as voulu voir celle qui n'en fait aucun. D'excès. Celle qui a dit non. Et ça te fascine d'une certaine façon. Tu poses encore plus de questions à ton esprit infecté.
Tu vois ses cheveux blonds, tu remarques toujours les visages. Tu remarques bien ce tu veux, mais en général ce que tu trouves beau. Tu roules un peu plus vers son lit, tu dois faire peine à voir. Tu manies pas encore bien les virages alors tu te reprends pour te mettre face à elle à une distance raisonable du lit. "Je crois que t'es plus dans la galère que moi et pourtant tu fais rien. Je veux comprendre." T'es direct. Tu l'as toujours été, mais y a aucun reproche dans ta voix. Tu es l'enfant curieux qui ne comprends pas la vie bien comme il faut. Ton trouble t'a speut-être appris une chose: ne pas juger. Comprendre, apprendre. Ne jamais partir savant, érudit de tout.
T'avais ton carnet calé entre ton siège et ta jambe inerte. Tu vois le sien et bizarrement ça te rassure. Une autre comme toi. Peut-être. Enfin tu n'en sais rien. "Je vois que tu as un carnet." Tu prends le tien, le levant un peu histoire de lui montrer que toi aussi tu en as un.
Un carnet c'est un monde, une autre dimension. Un cocon rien qu'à soi. Qu'on tisse parce que le monde ne nous a pas offert mieux, où parce qu'on a des choses à dire et qu'une conversation classique ne règlerait rien. On tient un carnet parce qu'on veut pouvoir créer sa trace, modéliser ses paroles comme on le souhaite. Toi tu occupes tes mains, ta pensée, en redessinant des contours d'êtres aimés. Des beautés passagères.
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Luna
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MessageSujet: Re: le mythe de la vie (luna)   Ven 11 Aoû - 21:36

Pendant un instant seule la bête d'acier parle, laisse son vacarme mener la conversation, attirant le regard curieux de Luna. Puis la voix du visiteur prend la relève, donne réponse à la question de son interlocutrice.
Il est là car il veut comprendre, savoir pourquoi Luna n'a pas donné naissance au combat qui pourrait lui permettre de gagner contre la mort. Ce combat que n'importe quel être souhaiterait remporter. Animal ou humain, personne ne veut mourir.
Les hommes ont tellement peur de s'éteindre qu'ils travaillent, depuis des siècles, sur des procédés divers censaient leur offrir quelques années supplémentaires. Des gens se font même cryogéniser, espérant renaître dans une nouvelle aire. Car la peur est puissante, paralysante, mais cette même peur, Luna ne la ressent pas, non Luna n'a pas peur et c'est pour cela qu'elle ne se bat pas.

- Disons que je ne trouve aucune utilité dans le fait de combattre le mal par le mal... La chimiotérapie, s'accabler de symptomes pour en effacer d'autre, c'est insensé.

Elle s'arrête un instant puis reprend :

- Puis..., que je meurs aujourd'hui ou demain, qu'est-ce que ça change ?

Rien du tout. Juste la date dans les papiers, mais le reste demeurre le même. Puis ses parent ont déjà dû graver la pierre tombale, alors il vaut mieux pour elle qu'elle s'en tienne aux paroles du docteur. Quelques mois mais pas plus, non, Luna ne tiendra pas jusqu'à la nouvelle année.

Narcisse prend alors le soin de mentionner son carnet tout en dévoilant le sien. Une autre âme littéraire ? Cela ravit Luna qui saisit le sien tout en souriant.

- En effet, c'est une sorte de journal intime, enfin, "intime"..., plus pour longtemps. Tu écris aussi ?

Est-il lui aussi passionné par l'écriture ? Est-ce qu'il aime tracer des cursives, faire danser les lettres sur le papier, jouer avec les métaphores ? Peut-être que si Luna n'était jamais tombé amoureuse de cet art, peut-être que sa décision serait différente, peut-être qu'elle serait guérie. Qui sait.
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Narcisse
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MessageSujet: Re: le mythe de la vie (luna)   Lun 14 Aoû - 14:27

Faute de comprendre ce qui se passe dans ta tête à toi, t'essayes de comprendre les autres. Te dire que y a pas que toi qui est incompréhensible sur l'emballage. Tu es aussi, et surtout, ennuyé de cette vie stérile dans cette boîte blanche. Et après ta mère, l'ennui est ton pire démon. Celui qui actionne tes engranages mal huilés.
Tu sens son discours déjà utilisé. Elle a dû se parer contre les balles, contre les larmes de ceux qui se sont risqués à l'aimer un peu en lui donnant des médocs. C'est vrai. Et puis on a pas l'âge d'avoir plein de fils dans les bras et les cheveux qui tombent. C'est une phrase trop grave pour trop de légerté, mais en parler finalement t'angoisse un peu.
Quest-ce que ça change? Rien. Si elle meurt ça te choquera peut-être un peu. Mais tu l'as connais pas. Aucun sentiment, aucun souvenir ne vous lie sinon cette conversation d'hôpital. Elle doit avoir fait ses adieux au monde, ses adieux à sa vie. Trop courte sûrement. Mais la faucheuse lit rarement les papiers. Toi aussi, si tu passes l'arme à gauche, ça changera sûrement rien du tout. Si peut-être. Ta mère pleurera. Mais après? Elle rangea tes affaires dans un carton au fil des années elle videra ta chambre. Et après plus rien. Tu ne sais même pas s'il y aura des fleurs sur ta tombe. Faudrait déjà qu'elle vienne te voir vivant, sur ton fauteuil. Mais y a ce brin de politesse au fond de ta gorge qui voudrait que tu lui dises que non ça changera, y a des gens qui doivent l'aimer. Mais t'es pas de ceux qui carresse dans le sens du poil. On changera rien si on part demain ou aujourd'hui. On peut juste tenter de rendre la fin plus belle. Tu souris alors que parle de votre fin. Tu as un discours de patient stade terminale alors que tes stats sont en pleine remontée. Mais tu t'essoufles, tu t'essoufles de vivre dans un monde si brut. Mais y a des rencontres comme celle-ci qui te font des signes, des piqûres de rappel. Narcisse, y en a qui vont encore plus mal. Tu sais pas où ranger ta douleur, tu sais pas si t'as le droit de la sortir face à plus mal en point que toi. Tu fais rarement le tri alors c'est bordélique. Ta tête c'est encore ta chambre d'ado mal rangé.
Tu comptes le faire lire? Le publier? Moi c'est des mots en vrac, c'est censé être joli. Et puis y a surtout beaucoup de dessins. Tu veux voir? Vous vous apprivoisez à coup de carnets gribouillés. Une sorte de drapeau blanc: moi aussi je suis dans ton camp!Tu te rapproches du lit toujours avec cette démarche peu assuré qu'un enfant de trois aurait s'il devait être amené à piloter cet engin. Tu le montres pas d'habitude, mais elle t'a touché la blonde dans son combat silencieux. Mais ça t'angoisses un peu de montrer une part du vrai Narcisse à un monde qui t'a toujours rejeté. J'écris surtout quand je m'ennuie. Des fois j'ai des mots en tête et ça tourne. Alors pour que ça passe je les écris. Je préfère ça au grands discours, je suis pas très doué pour tout ça. Avec les crayons t'es un vrai musicien. Celui qui ne se lasse pas de répéter sa symphonie. Tu espères qu'elle saura lire tes partitions.
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Luna
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MessageSujet: Re: le mythe de la vie (luna)   Mar 22 Aoû - 13:33

Rares sont les patients qui rendent visite à Luna et appuient son choix. Face à l'habitude de se faire dévorer de questions, elle a préparé un discours qu'elle prend le soin de partager avec ceux qui ne peuvent pas s'arrêter après un simple refus. C'est pourquoi l'attitude de Narcisse lui plait, pour une fois elle n'a pas besoin de prendre place au sein d'une spirale incessante, composée de questions et d'entêtement. Pour une fois elle peut librement partager ce qui lui passe par la tête, sans devoir se censurer par peur de choquer les plus fragiles.

"On peut juste tenter de rendre la fin plus belle", inévitablement Luna ne peut éviter la question qui découle de cette affirmation : comment peut-elle enjoliver sa fin ? Que font les gens qui, comme elle, ont une date précise attribuée à leur mort ? C'est fou quand on y pense, bientôt Luna saura, jour pour jour, quand sa vie cessera. Bientôt Luna devra faire ses adieux à cet hôpital et les personnes qu'elle y rencontra.

Puis la conversation dérive sur son carnet et celui de son invité, le jeune homme lui demande si elle compte faire publier son journal, elle opine du chef et confirme ses propos :

- C'est ma façon de devenir immortelle, elle rit doucement, comme quoi, au fond, je ne suis pas si différente des autres.

Mais peut-on vraiment parler d'immortalité quand le corps dépéri malgré tout ? Est-ce que vivre au travers de phrases est une façon d'obtenir l'immortalité ou est-ce juste une excuse pour donner raison à son choix de rejoindre la mort prématurément ?

Puis le garçon s'approche du lit, lit qui bientôt contiendra un cadavre, un être humain inanimé.

Les informations que partage Narcisse au sujet de son carnet attisent tellement la curiosité de Luna qu'elle participe à un échange, elle lui tend son propre journal et saisit celui de son compagnon de fortune. Puis sans se faire attendre, feuillette le journal du garçon, portail vers un autre monde, si différent du sien mais pourtant si familier. Les phrases et dessins qu'elle y découvre lui offre un doux voyage au travers de la vie, de la mort, de tout ce qui habille l'esprit de Narcisse.

- Ce que tu écris est si beau, mais parfois si mélancolique... elle relève la tête pour poser son regard dans celui du jeune homme. Pourquoi es-tu ici, Narcisse ?

Le journal du jeune homme a éveillé sa curiosité sur plein de points, comme sur son état. La bête d'acier a beau en dire déjà assez sur son état physique, rien ne dit que son mental est en bonne santé. Et Luna ne peut pas s'empêcher de faire preuve d'intérêt, est-ce que lui aussi a accepté la mort comme une bonne amie ?
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