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 Feu Pâle (libre)

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Valérian
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MessageSujet: Feu Pâle (libre)   Ven 30 Juin - 19:15

Lillard avait accouru du parking en quatrième vitesse dès que l'alarme fut enclenchée, faisant Lillardr sa sirène aiguë et lancinante qui vous mettait le cerveau en vrac. Il avait naturellement été surpris de constater que plutôt que de dévorantes flammes incendiaires, l'hôpital était en réalité envahi d'eau. Personnel hospitalier comme patients et visiteurs couraient çà et là à la recherche d'un abri, d'une sortie de secours ou d'une pièce épargnée par la montée des eaux et la panique croissante. Tous ces gens qui se heurtaient les uns, les autres, la foule creant une masse informe et désordonnée qui pululait. Toutes ces larves grouillant dans la crasse, la sueur et la panique. Les chariots de matériels et les branquarts se frayant un passage entre bras levés et cris stridents. Le service des urgences ne devait en rien envier cette folie. Et ces pauvres infirmières qui tentaient de mater la foule... Pauvres âmes torturées.


  Le docteur n'avait malheureusement pas l'occasion de s'attarder. Il fut conforté dans son choix en constatant à quel point l'aile de psychiatrie était submergée, mais dans quel état devait être son bureau... Quand il y fut enfin, après avoir enjambé des linges humides et chariots abandonnés, son pantalon de complet était déjà trempé jusqu'aux genoux. Que dire de ses chaussures de cuir, sûrement bonnes pour la benne.
 Mais soit, il y avait plus urgent présentement. Il peina déjà à ouvrir la porte qui délimitait son humble espace, au vu de la pression liquide. Et s'écroula carrément en se prenant les pieds dans le lourd  tapis indien flottant, qui lui aussi était malheureusement tout à fait déteint. Lillard le repoussant comme il pouvait dans un coin de la piece, veillant à ce qu'il ne se déroule pas. Ce bon docteur était désormais tout à fait trempé, même ses lunettes étaient couvertes de perles aqueuses ,  et aucun tissu sec n'était dans les parages pour les remettre en état. Il les retira avec un froncement de sourcil équivoque et les posa sur l'une des étagères attenantes aux fenêtres. Valérian se passa une main dans les cheveux pour chasser quelque peu son agacement par ce tic, plaquant une cascade de petites boucle à l'arrière de son crâne, pour que quelques mèches retombent derechef au devant de ses yeux. Il fit une grimace d'enervement, se pinca les sinus et souffla longuement. Il y avait après tout bien pire situation, notamment dans cet hôpital ou les malades et le personnel étaient dépourvus de décence.


   Bien que dans un état déplorable pour quiconque affectonnant une éthique impeccable, il se felicita d'avoir conservé les dossiers de ses patients en hauteur, mais une partie de sa bibliothèque n'avait pas eu le bonheur de survivre. Il se sépara avec difficulté de sa veste qui alla s'echouer sur le dossier de son fauteuil, et retroussa ses manches après en avoir ôté les boutons de manchette fantaisie qui finirent au fond de ses poches. Ce fut avec un pincement de lèvres qu'il constata que sa chemise lui collait à la peau, quelle excecrable sensation. Il eu néanmoins à faire abstraction de tout ce qui relevait du physisue, et porter plus d'attention au rationnel. Il se précipita au pied de l'une de ses bibliothèques pour en recueillir les ouvrages de médecines encore viables qu'il entassa sur son bureau massif. Des classeurs pleins d'articles et de magazines scientifiques déjà gonflés d'humidité qu'il dû secouer puis imbriquer sur l'espace de son bureau.
 Pour un homme si ordonné, c'était un vrai supplice qui semblait ne faire que commencer.
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MessageSujet: Re: Feu Pâle (libre)   Sam 8 Juil - 21:23

(Je me permets ! Tu écris vraiment bien, Valérian est impressionnant)

Loup il a rien à faire là. En temps normal, en temps réel, en temps imaginaire ou en temps extraordinaire... C'est qu'une ombre au tableau ; celle qui se pavane dans les couloirs, tête baissée comme pour expliquer Arrêtez de me regarder. Contradictoire, le garçon qui imite le même itinéraire chaque fois qu'il pose le pied entre ces quatre murs. Contradictoire, le garçon qui rend visite à celui qui va mal alors que son propre cœur misère à alimenter la centrale.

En revanche, cette fois, Loup, il avait bien quelque chose à faire là. Même que sa présence fut fortement demandée. Loup les bras forts, Loup les jambes solides, Loup le corps jeune et robuste. Loup celui qui est en parfaite santé, disent-ils.

"Garçon !! Aidez-moi à porter ça là-bas !"

C'est l'urgence : Dans l'hôpital, les murs ont viré au rouge de l'alerte, au vert des patients affolés et au bleu de l'eau qui grimpe d'étages en étages, rampe jusque sous les portes et grignote la terre. Loup qui ne faisait que passer (tête baissée toujours) se retrouvait à apporter les médicaments les plus importants d'un bout à l'autre du corridor pour espérer maintenir la santé des réfugiés. Loup vu qu'il allait bien, physiquement parlant, on lui reléguait les tâches les plus simples (mais pas les moins nobles) possibles, visant à remettre un peu d'ordre dans le chaos général.
Loup il fait Oui oui je vais le faire !, ne dit rien parfois et s'accorde simplement à faire ce qu'on veut de lui, motivé par l'extrême de la situation. Et il commence à sentir le déluge mordre ses malléoles.

"Misère"

Et Elle, où l'ont-ils emmenée ?? Est-ce qu'Elle est en sécurité ? Est-ce qu'ils l'ont forcée à se réveiller ? Il ne sait pas, il ne sait plus avec le torrent humain qui défile sous ses yeux, sous l'eau. Tout est trop rapide, trop brusque, Loup il se fait emporter lui aussi. Jusqu'au bout du bâtiment il traine des pieds, force ses jambes à creuser un chemin dans le courant liquide. Baskets fichues, pantacourt qui va finir suspendu au fil de séchage. Et s'il n'y avait que ça.

L'encadrement d'une porte ouverte se découvre. Dans la cacophonie ambiante, Loup peut entendre que la vie se trouve toujours vibrante à l'intérieur. Il arrête sa battue des eaux et se maintient par le chambranle, fait dépasser le bout de son nez pour demander.

"Ça va ? Vous avez besoin d'aide par ici ?"
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Valérian
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MessageSujet: Re: Feu Pâle (libre)   Dim 9 Juil - 15:59

( C'est avec plaisir que j'accueille votre venue, cher ami, et avec une appréciation d'autant plus grande que je vous invite à poursuivre.)




     Le chaos aquatique qui immerge le bâtiment n'est rien à côté de celui qui terrasse son esprit maniaque. Quelle prétention peut-on retirer du traitement de malades en étant soi-même dévoré de maux ?  Obsession de la perfection, personnalité édulcorée et calque de culture hétéroclite. Appreciation du beau comme moteur de la   vie et plaisir ultime. Être psychiatre n'empêche en rien la tête de travailler, plus ou moins efficacement. Officier la médecine, même psychiatrique, n'arrache en rien l'homme à ses racines humaines et à son innée paranoïa.
  Que reste-t-il à l'homme dit "éduqué", lorsque son éthique est bafouée contre son gré ? La vive morsure de la réalité qui rappelle à chacun que l'éthique n'est qu'une coquille vide, une exsangue carapace qui éloigne l'homme de son animausité primitive. De son identité propre régie par les désirs primaires, plus ou moins charnels et plus ou moins socialement corrects.
Lillard est l'un de ces menteurs qui s'entoure de beauté et d'éducation pour renier ses attraits naturels et sauvages. Car un adepte de Debussy ne peut en rien se comparer à ces hommes vils et répugnants qui se contentent du plus simple, ou du plus dégradant. Un homme frémissant devant le timbre exquis d'une soprano chantant l'Air du feu ne peut décemment pas ployer face au simple charme d'un autre être humain, et face à ses propres pulsions malsaines. Que faire de l'éducation, si elle n'est plus d'aucun recours face à la bête muselée de force ?

Le docteur débordé fredonnait d'un air distrait Les oiseaux dans la charmille quand il fut interpellé par une voix inconnue. Ses yeux cillèrent de deux couleurs distinctes lorsqu'il se retourna en direction de la porte  halo découpée d'une sombre silhouette. Un carton à demi rongé d'eau dans les bras, qui ruisselait encore entre ses mains pour bénir de larmes le fleuve où il pataugeait.

 - Je n'oserais requisitionner une âme charitable en ces temps de débâcle, étant donné l'aspect secondaire de ma requête.

Il étouffa un deglutissement en se rappelant qu'il n'était en rien présentable, et donc dépourvu de son armure de perfection factice. Il était alors comme tout autre homme, présenté sans masque tel que le véritable être humain qu'il avait un jour incarné.
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MessageSujet: Re: Feu Pâle (libre)   Ven 14 Juil - 2:28

Parmi les flots qui contournent ses malléoles, il y a parfois des détritus hospitaliers qui viennent buter contre ses pieds. Des papiers agrafés, des paires de gants médicaux, des flacons même... Toutes sortes de choses qui ne sont pas sans rappeler la similitude avec la situation de Loup et celle de tous les autres occupants du bâtiment : eux aussi, ils pourraient bien finir noyés sous tout cet amas, à rester ici pour sauvegarder le superflu, le trop sec et le trop bas.

Le plus important n'est-il pas la vie ?

L'occupant de la pièce semble s'indigner, cheveux repoussés en arrière, l'expression agacée. Oh, bien sûr... En tant que presque-résident, c'est sûr qu'il doit y avoir moult objets qui répondent à la très vaste définition de Important. Peut-être des dossiers, les mêmes qui frôlent ses chevilles. Ou bien des livres, ceux qui sont rangés par ordre alphabétique, proprement encastrés un par un dans l'armoire gratte-plafond qui se trouve dans le dos du doc en blouse blanche. Les fameuses blouses blanches.

La réponse de la blouse blanche interpelle, alors qu'elle... qu'elle ne demande rien ? Qu'elle ne répond pas à Loup ? Les deux à la fois ? Elle parle de requête, mais reste évasive.

Il remue son nez, puis le visage. Hein ? Attends, attends ! Il a forcément besoin de quelque chose (il ne serait déjà plus là sinon). Demande encore... Peut-être que tu as mal entendu.

"Est-ce qu'il vous faut quelque chose ? Je sais pas, comme sauver vos bouquins ? Ou bien vous savez s'il reste des gens alités dans ce couloir ? Je peux vous aider, dites-moi comment faire."

Le Loup finit par s'intégrer dans la pièce retapissée par les eaux. Il voit bien quelques livres ouverts, flotter à ça et là... Des âmes qu'on n'a pas pu sauver à temps. Ce doit être le drame pour celui qui passe ses journées à étudier, non ? Ou bien elle s'en fiche, la blouse blanche. Et puis le carton dans ses bras qui tentent de faire croire "Nous sommes déjà occupés, revenez plus tard". Très trompeur.

"J'ai les mains prises mais je peux encore prendre sur moi. Vous avez vraiment besoin de rien ?"

L'eau grignote le début des mollets, soutire quelques précieuses minutes supplémentaires au sablier de vie.
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MessageSujet: Re: Feu Pâle (libre)   Ven 14 Juil - 11:23

Lillard est secrètement impressionné par ce jeune homme serviable qui, plutôt que de décamper comme beaucoup d'autres, prête main forte aux plus démunis. Ou en ce cas précis, à l'un des mieux requis, mais soit. L'urgence ne grapille pas les mêmes degrés chez tous les individus. Et que dire de la valeur du matériel ?
Bien que fin connaisseur et explorateur de l'esprit humain, Lillard est un fervent matérialiste. Mais il est parfois nécessaire de faire abstraction du superflu. Ravalle donc ta matérialité illusoire, laisse périr çà et là une statue de bois sculptée africaine, un masque de fécondité Inuit et accepte la main tendue de ce jeune inconnu.

- Les patients de cette aile ont tous été évacués, ce qui n'est en rien un luxe au vu de la montée flagrante des eaux.  Cependant, je vous serais vraiment reconnaissant de votre implication, si vous n'avez pas plus important à régler.


  Le médecin fait quelques enjambés pénibles dans le flot incessant qui plombe ses pieds au sol, encore heureux qu'il ait la chance d'être si grand, bien que légèrement voûté du fait de sa haute taille. Il calle le carton ruisselant d'ondée au creux de son bras gauche, grattant quelques mètres pour parvenir face à son invité. Il aurait grandement apprécié de faire cette rencontre dans un bureau ordonné, mais le destin en avait décidé autrement. Quellel espiègle petite farceuce que cette entité là.
  Lorsqu'il parvient enfin à la lumière qui découpe d'ombres son visage anguleux, Lillard pose alors le regard sur ce fruit de la jeunesse qui lui propose des bras supplémentaires. Quel visage fascinant. C'est en songeant à cela que ses iris sont soudain imprégnés de clarté, l'un d'un brun clair tout à fait ordinaire, et l'autre, tout à fait singulier, brillant d'une teinte fanée de lilas bleu.
  C'est en tendant une main large qu'il cultive son savoir-vivre trop présent, affectonnant la sécurité d'un rapport encadré.

- Nous n'avons pas encore été présentés, je suis le Dr. Valérian Lillard. Je suis ravi de rencontrer une nouvelle ame en ces murs, pardonnez ce trop plein de formalités, je suis quelqu'un de maladivement formel. À qui ai-je donc l'honneur de parler ?

Ainsi statique, il prend conscience de l'eau qui s'insinue entre les ourlets de son pantalon, les gouttes qui roulent encore des ses cheveux à sa poitrine, violant d'infimes soubresauts sa nuque et l'ossature lourde de sa mâchoire marquée.

Tous ce fatras, et nulle arche à l'horizon, quel ennui.
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MessageSujet: Re: Feu Pâle (libre)   Lun 17 Juil - 21:29

S'il n'a pas plus important à régler.
La phrase a quelque chose de cocasse (quoiqu'il ne s'agit que de pure politesse), et pourrait ôter l'ébauche d'un sourire au Loup si ses bras n'étaient déjà pas occupés. Cet individu en blouse blanche a quelque chose d'atypique, d'étonnant. Quelque chose qui dit "Je ne sais pas vraiment ce que je fais, mais ne me dites pas ce que je dois faire". De toute façon l'intention de Loup n'est pas d'ordonner mais d'exécuter : ce sont bien ses mots lorsqu'il a passé le pas de la porte encombrée. Encombrée par un débouché d'eau.

Le docteur se présente, offre une main courtoise à l'animal, peignant un portrait surréaliste sur la scène qui se passe.

"Oh." (Homme qui n'oublie pas ses manières même en temps de crise) (Bien, bien : Il respecte) "Vous pouvez m'appeler Loup. C'est vraiment mon nom. Ravi de faire votre connaissance... Docteur Lillard."

Les présentations, ce n'est pas son truc. C'est une habitude propre et honnête des bons citoyens, ceux qui sont prêts à venir en aide à la veuve et l'orphelin. Loup répond-il à cette définition ? Il en doute, sérieusement. Mais quelques fois, comme maintenant, Loup reste là. Et il demeure, prêt à courir après le Diable pour le vaincre. (...) Très souvent, quand les gens entendent "Loup" du bout de leur oreille distraite, leur cerveau ne visualise déjà plus une forme humaine. Alors ils disent Quoi ? et Loup répète. Il répète, jusqu'à faire avaler la pilule. Chose plutôt drôle quand on replace l'expression dans le contexte ponctuel.
Loup serre la main qui a attendu, secoue dans le vide avant de relâcher les doigts fins et longs de son interlocuteur. Une poigne d'homme.

"Dites-moi ce qu'il y a à faire, je resterai jusqu'à ce que ça soit terminé."

Et malgré sa nature sauvage, l'animal restait toutefois fidèle.
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Valérian
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MessageSujet: Re: Feu Pâle (libre)   Mar 18 Juil - 15:52

- Pourquoi donnez vous l'impression de vous justifier ? Loup est un nom tout à fait charmant.


  Lillard arbore un sourire de sincérité qui etire légèrement le fin sillon de sagesse bordant ses yeux non jumeaux. Quel intérêt que ce garçon là. Un jeu homme pour le moins sortant de l'ordinaire. Avec quel engouement il se dévoue à la tâche, bien qu'ingrate, de lui porter main forte. Lui et son carton ramolli dans les bras, qui degouline comme lors d'une dissolution de papier bouilli. Lui qui bafoue en cet instant toutes ses propres règles d'éthique, pourtant régie par la sévérité.

 Il dépose finalement son fardeau fragile sur un coin du bureau, essayant d'y caser ce qui ne craint pas trop l'humidité et sa caresse insidieuse et malsaine . Puis se tourne vers Loup, Loup le sauveur de culture et d'étude en feuillets, et désigne du doigt une étagère sur le point d'être atteinte par les eaux grouillantes.

- Voulez-vous bien m'aider à disposer ces ouvrages sur le bureau, s'il vous plaît ? Je vous remercie.

 Il y a en effet bien trop de livres pour qu'il les préserve tous lui même. Ces amas de papier que l'humidité ambiante fera bientôt gonfler, si elle ne choisit pas de faire degouliner l'encre des pages, en une orgie repugnante de lettres baveuses et de mots déformés. Car les mots ont une valeur tellement primordiale. Que faire sans avoir la rassurante magie des mots comme appui, comme béquille au langage pas toujours bien ordonné de l'être humain. Outil si vite caduc lors de trop fortes émotions, comme lors de moments tout à fait anodins de la vie elle même, mue de simplicité.

  Ces encyclopédies de cas et ces ouvrages culturels ont quelque chose de rassurant pour un homme tel que Lillard, qui ne peut concevoir son existence dans la stérilité d'une pièce vide et sans apport de savoir. Car le savoir est d'entre toutes les expériences, la plus grande des richesses. Le plus grand besoin de l'âme humaine. Du moins selon se conception.

 Il ne supporterais pas de perdre trop de ses œuvres plastiques. S'il conçoit encore la perte d'un objets d'art d'Oceanie, ou d'une sublime masque kabuki japonais, il ne lui est pas physiquement possible de concéder à la disparition du savoir. C'est pour cela qu'il se démène egoistement dans ce bureau en bordel, qu'il patauge, misérable, dans cette eau insipide.

 Mais voilà qu'il n'est plus seul, et qu'il entraîne avec lui un autre être humain dans sa folie de matérialiste.
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MessageSujet: Re: Feu Pâle (libre)   Jeu 27 Juil - 0:11

Cette blouse blanche avait quelque chose de totalement inédit.
Loup avait l'habitude de se tailler l'image du docteur un peu lourd, un peu pédant, un peu con, qui n'a pour fonction que l'attribution des médicaments qui assomment et enfoncent la mort dans le gosier des patients, s'apprêtant à faire pression sur le bout du stylo avec son pouce pour y inscrire la coche du "Fait" "Fait" "Fait".
Mais cet homme, "Valérian Lillard" (oh, et quel drôle de nom ! Mais Loup pourrait en dire autant de lui-même), ne semblait répondre à aucune de ces caractéristiques ennuyantes. Cela étant peut-être du au contexte particulier qui pousse les relations autrement, mais Loup se fit la réflexion qu'à aucun moment il ne voyait ce docteur-là enfiler sa blouse pour remplir des listes d'ordonnances avec la banalité du métier.

"Bien sûr, j'vous fais ça. Euh, je mets tout ça dans les cartons qui sont là ? Attends voir, ils sont pas déjà trempés ??"

Loup s'adresse à la blouse blanche, et à lui-même aussi. Il entreprend de vérifier l'état bien solide des cartons vides ; ils sont légèrement ramollis avec l'humidité, mais encore utilisables. À voir combien d'ouvrages ils pourront ingurgiter.

"Bon sang, vous en avez un paquet... C'est que des livres à vous ? L'armoire monte jusqu'au plafond, je veux bien essayer de tout sauver mais je ne garantis pas qu'il n'y ait pas de morts..."

En tant que grand garçon qui n'a pas son nez dans les reliures de bouquins mais plutôt sa truffe dans les histoires desquelles il devrait mieux se tenir éloigné, Loup ne comprenait pas l'amour de la sauvegarde du matériel. Des livres, surtout. La littérature n'a jamais été son fort, son intérêt, son dada, son... Bref, ça n'a jamais été lui (il se montre d'ailleurs un peu brute dans sa manière de les envoyer dans la bouche des cartons, ce que le Docteur pourrait voir d'un mauvais oeil, passons). Il a pourtant rencontré une personne dans cet hôpital grâce à l'un d'eux, est-ce que c'est pour cette raison qu'il se retrouve aujourd'hui à devoir les sauver tous ?

"Vous avez autre chose qu'il faut sortir d'ici ? Les cartons se remplissent vite..."

Deux sont pleins grâce à lui. Mais l'armoire est encore gourmande, et en retient en otage encore une bonne quinzaine...
Que va faire le Docteur Valérian Lillard ??
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Valérian
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MessageSujet: Re: Feu Pâle (libre)   Jeu 27 Juil - 2:26

Lillard est un tant soit peu soulagé de voir ce jeune garçon si dynamique s'appliquer à la sauvegarde de ses livres, que lui même ne peux pas entreprendre seul. Les bras chargés de culture en feuillets, ils pataugent tous deux dans cet espace restreint et encombré, dans l'inconfort qu'impliquent des vêtements trempés qui commencent à sérieusement demanger.

 - En effet, ils sont tous ma possession. J'en avais le réel plaisir, mais je crois qu'en cet instant je commence légèrement à le regretter. Pour ce qui est des possibles damages, je ne vous en tiendrais nullement rigueur, en ayant moi-même fait tomber un ou deux. De plus, je vous suis déjà très reconnaissant d'être aussi impliqué à mes côtés. C'est vraiment très aimable à vous.

 Il aimerait ne pas avoir à faire de choix lui même, comment pourrait-il seulement abandonner le moindre de ces trésors ?! Pour un homme aussi peu prêt d'avoir des enfants, ces ouvrages sont sur terre ce qui s'en rapproche le plus, avec ses œuvres d'art. Mais il n'a malheureusement ni le temps ni le luxe de se porter garant de leur assurée sûreté.

 - Une fois que les cartons seront pleins, je vous demanderais, si vous le voulez bien, de m'aider à les ranger dans un coin de l'hôpital qui n'a pas été encore touché par les eaux. Je me débrouillerai ensuite pour les amener jusqu'à ma voiture. J'aurais tellement aimé pouvoir emporter mes œuvres, mais elles ne sont hélas plus la priorité. J'ai besoin de ces livres dans mon travail, certains me sont très utiles avec mes patients. Je ne peux décemment pas faire prôner mes gouts artistiques sur la santé des gens qui me sont confiés.

 Et cela est vrai, bien que grand esthète, Lillard doit favoriser le traitement de ses patients. Les êtres humains sont si complexes, ils méritent une constante attention et une constante recherche, un implication toute particulière. Les recueils pathologiques et les études contenues dans ses ouvrages lui sont primordiales pour optimiser ses thérapies et l'échange avec ses patients, tous uniques.

 C'est donc avec regret qu'il se console en se disant que peut-être, ses masques sont bien à l'abri fixés au mur à une telle hauteur, et ses statuettes seront probablement préservées sur les plus hautes étagères encore libres.
 Il effleure du bout de ses doigts nostalgiques un masque Nigérian Yoruba au double visage, le gravant dans sa mémoire au cas où le pire surviendrait.
 Puis recommence à empiler des livres u creux de son bras droit, les entassant avec attention, avant que ce dernier ne se relâche complètement. Sacrifiant toute une pile de poupoms livresque par les caprices d'un corps humain deglingué.

Le bras de Lillard ballant pitoyablement, inerte.
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MessageSujet: Re: Feu Pâle (libre)   Dim 30 Juil - 19:13

Loup a compris. Ce qui lui plait tant chez cette blouse blanche pas comme les autres.
C'est son côté humain.
C'est la figure sympathique et responsable que Loup ne possède pas.

Comme toujours, il dirait qu'il se laisse guider, le garçon. Qu'il fait ce qu'on lui demande de faire pour se rendre utile, pour aider à la population. Un loup en constante adaptation. Et ses crocs, mots-couteaux, sont la preuve terrible qu'il s'agit peut-être d'une adaptation veine. Que jamais Loup ne réussira à se convertir au monde bipède, formulé de sourires et de faux-semblants.
Et pourtant, celui qui a décliné son identité avec tant de respect et de considération, se tient sur deux jambes, est bien pourvu d'un sens critique, ainsi que d'un regard observateur. Mais à un aucun moment, il ne semble pas appartenir à cette norme affreuse que Loup cadenasse dans son esprit. Dans sa vue monochrome de créature de la nuit.

Il se dit simplement que cet homme, n'était peut-être pas si homme que ça.
Que sous les blouses blanches aussi, il y a des tissus de colère, des démangeaisons qui amènent à l'animosité, l'instinct basique et si particulier qui rappelle la faune. L'essence même de la vie... C'est vrai ça, non ? Qu'aucun homme n'est vraiment homme. Rien que des loups qui ont appris à marcher sur deux pattes et à enrober leurs actions de beaux mots.

"Bien sûr, je fais ça." (il essaye vainement de s'appliquer, de copier le beau parler du Docteur) (maintenant il admire l'étendu du travail à accomplir) (il est plus facile de rassembler, que de ressembler) "Je fais un premier aller ; je reviens à vous sur-le-champ. Ah et, si vous avez un problème, vous criez Au loup, ça marche ? Merci."

Et embarque les deux cartons empilés pour s'échapper de l'aquarium du savoir. En traversant la rivière du couloir, il rencontre quelques objets flottants et fuyards que Loup n'empêche pas de se cogner contre le mobilier. Loup il a déjà ses bras bien occupés par les cartons de l'intellect, choses qu'il n'aurait pas sauvés en temps réel... Peut-être que le Docteur a cette force de convaincre l'animal que le savoir a de l'importance, quelque part.

"C'est bon, je suis là ! Vous..."

Ses pieds s'arrêtent ; le niveau d'eau a monté, encore. Quinze, vingt, trente centimètres... Il faudrait commencer à s'inquiéter, si des liquides curieux venaient à se déverser dans le torrent silencieux.

"Ça va ? Vous n'avez pas l'air dans votre assiette." (il approche le Docteur, gardant pourtant une distance de chat affamé devant une main étrangère tendue devant lui) "... C'est à cause de vos livres ?"

Oh il sait bien qu'ils n'ont pas le temps pour ça, mais Loup perçoit l'amertume dans le regard savant, dans les yeux qui se veulent si maitrisés et courtois.
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MessageSujet: Re: Feu Pâle (libre)   Dim 30 Juil - 20:16

Lorsque tous ces beaux livres chutent, brusquement, disparaissant sous l'ondée dévastatrice et immersive qui lui ronge les genoux, Lillard comprend qu'il a surévalué ses capacités. L'homme ne mesure jamais assez sa faiblesse, ou du moins fait en sorte de ne pas l'admettre. Car un homme qui accepte la faiblesse, et s'y conforme, comment peut il alors continuer à se battre dans un monde si impitoyable ?

 Le docteur se sait déraisonnable, il en avait déjà conscience lorsqu'il empilait tout ce poids au creux de son coude, forçant sur son bras secrètement limité. Lui qui est pourtant un homme raisonnable s'est vu pressé par la panique de perte matérielle. Les vieux démons refont toujours surface. Éclaboussé par ces paquets de feuillets suicidaires, il est trop tard désormais pour se rattraper.

"La douleur n'est qu'une information. La douleur n'est qu'une information, se répète-t'il.

 La main gauche sur l'épaule pour fermement comprimer la droite, une perle de sueur dévale son front déjà humide. Maugréant, il ne peut réprimer un froncement de sourcils tandis que sa gorge se noue. Mais quelle irresponsabilité...

 Et son bras qui se balance inlassablement achève de ternr son image détériorée par les eaux. Cette main large et anguleuse n'est peut être pas celle avec laquelle il écrit, fort heureusement, mais elle n'incarne en cet instant qu'un fardeau freinant son propre corps. Car le corps humain est le plus grand des traîtres. Comment seulement pouvoir faire confiance à cette enveloppe vivante  dont les cellules se meurent peu à peu, ce corps qui déclenche maladies et cancers, dont certains indécelables ou insoignables.

 Le psychiatre est coincé dans son propre corps, cloitré dans sa prise de conscience tandis que, ployé, une voix qu'il reconnait désormais se fait entendre. Le brave Loup est donc de retour, que de soulagements.

 - Ne vous en faites pas, tout est de ma faute. J'ai trop forcé sur mon bras, alors que je sais très bien qu'il a ses limites. Que voulez-vous, on n'en a jamais assez, n'est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: Feu Pâle (libre)   Lun 31 Juil - 22:27

"Vous auriez dû me le dire dès le début."

Ce n'est pas un reproche. Ce n'est pas non plus un regret (ce qui est fait, est fait). Mais Loup, quand il entend qu'il aurait pu faire les choses différemment pour amoindrir la douleur d'un autre qu'il a en considération, son regard se mue d'une sorte de tristesse qui n'existe que sous le coup du doux-amer.

Le Docteur entre en souffrance, et pas depuis maintenant, il semblerait. Un docteur malade... Un docteur blessé... Cette contradiction étrange lui pique la nuque, fait éclore la chair de poule sur ses pores. Même eux, ils ne sont pas exempts de défauts, de "Ça ne va pas". Ils ont des faiblesses, des crevasses qu'ils recouvrent du mieux qu'ils peuvent par les pierres... même si au fond, ça ne fait qu'alourdir de plus belle l'inévitable chute.
Loup s'approche, un peu plus. Il grignote encore la distance qui les sépare, qui fait que leur relation est "cordiale".
Mais la douleur, elle, est réelle.

"Non... Vous n'avez pas besoin d'en faire plus. Je peux me charger du reste. Vous m'avez dit tout ce qu'il y avait à faire, pas vrai ?"

Il sait. Qu'il a l'air du garçon qui se veut invincible pour ne pas décevoir ses pairs, pour pouvoir revenir avec le trophée de la fierté entre les mains et se faire applaudir. Mais ce n'est pas le cas. Loup, parfois, il cherche vraiment à faire les choses bien. À rendre service, à écouter un peu ce qu'on lui dit... Il essaye de marcher comme les hommes, de serrer la poigne à leur façon, de garder les yeux hauts et droits dans ceux des autres, plus grands.
Il essaye d'Être.
Et là, maintenant, tout de suite... C'est ce qu'on est en train de lui proposer. Le statut de celui qui agit, qui fait, qui dit "Laissez-moi faire".

"Le reste, c'est pas compliqué. J'ai qu'à le porter à l'autre bout du couloir, c'est ça ? Alors je peux le faire, vous inquiétez pas. Reposez votre bras, c'est le plus important."

Et en secret, Loup se disait que si c'était lui qui devait périr sous les eaux, alors c'était mieux ainsi. Entre un médecin et un chien errant, il est facile de choisir lequel des deux est à sauver.
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Valérian
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MessageSujet: Re: Feu Pâle (libre)   Lun 31 Juil - 23:45

- Excusez-moi, je dois vous paraître ridicule. J'ai été déraisonnable, il faut bien en payer le prix.

 Lillard essaye de sourire, malgré son air pitoyable et la douleur sourde en lancinante qui tire les traits de son visage aux yeux déjà sertis de fins sillons de sagesse. Tout est de sa faute, c'est la vérité. Et à cause de lui, une autre ame est entrainée dans cette catastrophe de destruction qui n'est plus seulement matérielle, mais dorénavant physique aussi. Pourquoi l'homme ne se satisfait jamais de ce qu'il a déjà ? Il lui en faut toujours plus. Pourquoi la sagesse est-elle si considérablement difficile à atteindre ?

- Je... Je vous prie de m'accorder un instant. Il suffit que les nerfs se reconnectent, ça ne prendra que quelques minutes.

 Il continue de soutenir son épaule, jointure d'un bras inerte qui, pour un homme d'une telle carrure et d'un tel poids, représente lui-même son pesant de chair à déplacer et à soutenir. Il s'appuie un moment sur le bord du bureau qui n'est pas tout à fait encombré, balayant ses cheveux en arrière de sa main encore mobile, et expulse un soupir qu'il souhaite dépourvu d'énervement visible. Même dans une telle situation, il se refuserais à être inutilement grossier. Peut-être est-ce en cela qu'il est ridicule, plutôt que de succomber à sa primaire humanité et des instincts innés.

 Et ce garçon qui est à ses côtés, remuant ciel et terre, ou plutôt vents et marées pour lui venir en aide. Depuis quand merite-t'il tant d'égards ? Il est après tout un homme comme les autres, bien que son image policée fausse parfois la perception d'autrui. Il a lui aussi ses rancoeurs et ses faiblesses, ses amertumes inavouées et d'honteux secrets.

 Quand il relève ses yeux dissociés vers le jeune homme, ils n'expriment rien que de la reconnaissance. Car que ferrait-il sans Loup le sauveur ? Ses deux bras forts soutenant des livres et les dossiers de ses patients, sa bienveillance naturelle le poussant à lui venir en aide alors que tout les oppose, du moins en apparence.
 Lillard se souvient de sa jeunesse pas si lointaine, ou, plus qu'un jeune homme, il était lui aussi un loup perdu dans la masse grouillante de l'humanité.
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